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22 juillet 2006 - 1940: Les communistes dans la Collaboration
Le PCF face à la défaite et à l’occupation
Le 16 juin 1940, le maréchal Pétain prend la tête du gouvernement. Le 17,
il appelle à cesser le combat, puis il accepte un très dur armistice
signé le 22. Le 4 juillet le gouvernement s'installe à Vichy et le 10
juillet la majorité du Parlement abroge la Constitution de 1875 et vote
les pleins pouvoirs au maréchal. En moins d'un mois, la France vient
d'enregistrer l'un des plus grands désastres de son histoire. Au même
moment, l'URSS tire les dividendes de son rapprochement avec le Reich :
le 17 juin, l'Armée rouge entre en Lituanie, le 18 en Lettonie et en
Estonie, le 26 en Bukovine du Nord arrachée à la Roumanie; ces pays
deviennent début juillet de nouvelles républiques soviétiques.
Le 14 juin 1940, jour de l'entrée des Allemands dans Paris, le pcf
n'existe quasiment plus. Sa direction métropolitaine est en fuite sur les
routes de l'exode alors que sa direction bruxelloise est bloquée en
Belgique. Cette « absence » ne va durer qu'une journée. Dès le 15 juin,
Duclos, Tréand et Fried arrivent à Paris, sans doute dans une voiture
diplomatique qui suit la marche triomphale de la Wehrmacht. Mais
impossible de trouver un contact. Faute de « planque », Duclos est
contraint de se cacher à la représentation soviétique les 15 et 16 juin.
Le 17 enfin, Tréand obtient la liaison avec Jean Catelas l'un des seuls
dirigeants restés à Paris. La machine communiste l'appareil se
remet en marche, mais, faute de poste radio-émetteur, elle est privée de
contact direct avec Moscou avec qui elle ne retrouvera la liaison radio
que le 8 août.
Le 17 juin, Tréand est contacté par Me
Foissin, avocat de l'ambassade soviétique, qui lui signale la bonne
volonté allemande à l'égard des communistes. Voulant profiter de ce qu'il
croit être l'effondrement de l'Etat français et la neutralité
bienveillante de l'occupant, sur le modèle du Parti communiste belge et
sous les ordres de Duclos, Tréand tente d'obtenir la légalisation du
parti et de sa presse. Cette initiative répond à une directive constante
de Pic, d'utiliser les moindres possibilités légales. Le 18 juin, il
prépare la parution légale de L'Humanité et charge une militante
d'obtenir auprès de la Propagandastaffel, la censure allemande,
l'autorisation qui est accordée le 19 dans l'après-midi. Ce même jour,
L'Humanité illégale diffuse « Le communiqué officiel allemand
publié par ordre de l'autorité militaire allemande ». La veille, elle
appelait à la fraternisation entre les ouvriers français et les soldats
allemands.
Le 20 juin, Tréand est arrêté par la police française. Foissin, grâce aux
Allemands, obtient sa libération mais Otto Abetz, ambassadeur du Reich en
zone occupée, demande à rencontrer des dirigeants communistes. Le 26
juin, il reçoit Tréand, Catelas et Foissin, et leur tient un discours
rassurant : la défaite est due à l'égoïsme de la bourgeoisie française,
seul le peuple est capable de relever la France, et le peuple c'est les
communistes. En réalité, les Allemands cherchent à neutraliser tant
l'antifascisme que le patriotisme français, à diviser les Français en
confrontant un courant populaire-révolutionnaire à un courant
bourgeois-patriote. Anesthésiée par l'alliance germano-soviétique et la
ligne suivie depuis dix mois, exaltée par la défaite française qui
semble, rétrospectivement, donner raison à son pacifisme et placer le
pouvoir à portée de main, la direction communiste n'aperçoit pas la
manœuvre et explique l'obligeance des Allemands par leur crainte de la
nouvelle puissance soviétique et de 1' « influence communiste sur les
masses».
Le 27 juin, Foissin remet à Abetz un mémorandum signé de Tréand et
Catelas, qui détaille dans quelles conditions L'Humanité pourrait
être légalisée. L'orientation est celle qu'indique Duclos dans son
premier rapport à Moscou, le 30 juin :
-« Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action
tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
-Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et
leur indépendance.
-Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS, pacte qui compléterait le
pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de
pacification européenne. »
A aucun moment Duclos n'évoque la possibilité d'organiser une résistance,
passive ou active, à l'occupant, et encore moins de remettre le pays dans
la guerre. Le plus étonnant réside dans son sentiment que la situation
est très favorable aux communistes, alors que l'armée allemande occupe le
pays et que l'Etat français, en particulier la police, est toujours en
place.
Le 2 juillet, Duclos reçoit de l'IC les premières directives qui
appellent à organiser une résistance passive à l'occupant, mais incitent
également les communistes à reconquérir la légalité en particulier
dans la presse, les syndicats et les mairies : cela ne peut passer que
par un compromis avec l'envahisseur. En conséquence, Duclos rédige début
juillet un manifeste qui sera intitulé après guerre « Appel du 10
juillet» et présenté de manière inexacte par le pcf comme son propre et
précoce appel à la résistance; en dépit de quelques accents patriotiques,
ce texte réclame avant tout la paix, la sortie de la France de la guerre
et une révolution communiste.
Le 4 juillet, la négociation continue entre Foissin et Abetz ; la
direction communiste accepte de publier Ce Soir à la place de
L'Humanité. Le 6 juillet, les morasses de Ce Soir sont
prêtes; les textes ne contiennent pas un mot contre l'occupant, attaquent
violemment les autorités françaises et anglaises, appellent à la paix et
au rétablissement des communistes dans leurs fonctions d'avant septembre
1939.
Ce Soir devait être publié le 8 juillet, mais les choses traînent
en longueur. Le 13 a lieu une nouvelle négociation entre Tréand, Catelas,
Foissin et Abetz qui cherche à impliquer les communistes dans le
lancement d'un grand quotidien populaire, La France au travail,
réalisé par la Propagandastaffel, et qui, depuis le 30 juin, tente de
rendre une tonalité proche de celle des communistes.
Mais bientôt, les premiers rapports sur les négociations de la fin juin
parviennent à Moscou. Le 17 juillet, sous l'impulsion de Thorez qui, dès
le 12, a pressenti la manœuvre allemande et désapprouve nettement
l'initiative de Duclos et Tréand, des directives plus réalistes, soumises
à Staline, sont élaborées :
« Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais
entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre Parti et militants.
[...] Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser
croire que vous approuvez les conditions. Préférable garder silence sur
de Gaulle et ne pas mettre accent contre Angleterre afin de ne pas
faciliter politique Pétain et ses protecteurs. Juste proposer entente
avec urss mais sans la présenter comme un complément pacte
germano-soviétique et sans parler de pacification Europe. »
De son côté, Abetz a remis à Hitler un mémorandum sur l'attitude à
adopter en France et sur l'utilisation des communistes pour diviser les
Français. Le 5 août, Duclos reçoit les directives moscovites du 19
juillet, mais L'Humanité réclame toujours sa légalisation et les
militants communistes prennent de plus en plus d'initiatives pour
récupérer ouvertement leurs anciennes mairies ou leurs locaux syndicaux.
En cherchant à reconstituer au plus vite ses réseaux militants et son
influence politique, le pcf pousse dangereusement ses militants et ses
cadres à se découvrir; or, le 17 août, dans une note interne, Abetz
rappelle le rôle de sa manœuvre : « Les communistes français ne doivent
pas être anéantis ; il convient néanmoins de veiller à ce que des coups
décisifs puissent à tout moment les mettre hors d'état de nuire.
»
Frachon et son équipe viennent de rentrer d'exode et semblent atterrés
par la politique suivie par Duclos et Tréand. De même, des critiques sont
émises par Charles Tillon, responsable de la région Sud-Ouest, Auguste
Havez, responsable des départements de l'Ouest, ou Georges Guingouin qui
reconstitue le pcf en Limousin.
Simultanément, les rapports de Duclos et Tréand, rédigés les 18 et 20
juillet, arrivent à l'ICet y sèment la consternation. Pour se couvrir,
Dimitrov transmet le dossier à Staline le 3 août et sollicite avec
insistance des directives. Le 5 août, le secrétariat de l'IC adopte une
nouvelle résolution qui condamne nettement les pourparlers avec
l'occupant ; néanmoins, les conseils d'utilisation des possibilités
légales sont réitérés. Ce n'est que le 21 août que Duclos, Tréand et
Frachon télégraphient à Moscou pour préciser que les relations avec les
Allemands ont cessé. Pourtant, encore le 22 août, Foissin rencontre Abetz
et rend compte à Catelas qui demande un nouveau rendez-vous avec Abetz
pour le 27 août.
Catelas ne s'y rendra pas : Foissin vient d'être exclu du parti comme
agent allemand. Le 11 septembre, Dimitrov reçoit la notification de
l'exclusion de Foissin et le 13 adresse à Staline un court rapport
clôturant tout cet épisode qui, s'il avait donné lieu à un seul numéro
légal de L'Humanité publié sous censure allemande, aurait pu
coûter très cher au pcf. Mais toutes ces tractations
étaient restées secrètes et ne furent dévoilées, en partie qu'après
guerre.
Il a fallu attendre 1993 pour en connaître le fin mot grâce aux archives
de Moscou.
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